Samedi 7 janvier 2012 6 07 /01 /Jan /2012 22:14

« Kids, I'm going to tell you an incredible story, the story of how I met your mother. » (Ted, 1.01)

 

 

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Kids...

 

Depuis que How I Met Your Mother (ou HIMYM pour les hipsters et moi-même) a pour la première fois été diffusée le 19 septembre 2005, force est de constater que l’utilisation de l’adjectif « légendaire », le nombre de HIGH-FIVEs hurlés dans les bars et le chiffre d’affaire de la ligne costume pour homme chez Gucci ont considérablement augmentés. Si Ted, Lily, Marshall et Robin ont une vie plutôt rigolote, ce n’est rien à côté de celle de Barney. Mettons nous d’accord tout de suite : personne ne télécharge, le lundi soir enfin venu, le nouvel épisode de HIMYM pour savoir comment Ted a rencontré la mère des enfants, comment Lily et Marshall ont décidé d’être mignons cette fois-ci, ou encore pour regarder Robin être Canadienne : non, la seule raison qui nous pousse à faire fi d’Hadopi, c’est Barney Stinson. Qui, parmi vous, du haut de vos misérables existences, arrive à la cheville de Barney Stinson ? Pas grand monde. Aussi, le mardi matin, dans nos écoles, nos lycées ou nos universités, après avoir tiré la dernière cartouche « récit détaillé de notre week-end chez Mamie», nous retrouvons nous à débattre des questions fédératrices que suscite cette sitcom générationnelle. Comme notre quotidien est beaucoup trop ennuyeux pour qu’on en ait quoi que ce soit à dire, on parle de celui de Barney, avant notre cours de grammaire renforcée ou de droit constitutionnel.

 

 

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 Barney Stinson, true story bro.

 

Malgré tout, entre deux fou rires candides, une question subsiste (et si elle ne brûle pas vos lèvres, elle brûle les miennes) et fait de HIMYM le prolongement moderne de la tradition de la série et, plus largement, du récit : « de qui se moque-t-on ? ». Depuis la nuit des temps, c’est-à-dire, en ce qui concerne la sitcom, depuis Seinfeld, on a voulu nous faire croire que le travail ne prenait qu’une ou deux heures par jour, qu’une fois nos offices accomplis, on passait son temps dans le salon d’un appartement new-yorkais, ou les fesses posées sur le velours des fauteuils du Central Perk, ou au McLaren’s, en filtrant l’afflux de bimbos en manque de reconnaissance paternelle. On nous les avait promis, ces amis pour la vie, et nous, pauvres naïfs que nous sommes, avons passé tout notre collège, tout notre lycée au peigne fin à leur recherche, à traquer nos Cosmo Kramer, Joey Tribbiani, Sheldon Cooper ou Barney Stinson, sans relâche, avant d’admettre enfin, après moult déceptions, qu’ils n’existaient pas, au même titre que Pikachu, Sangoku ou Bernard Minet, avant de comprendre que nos amis ressemblaient bon gré mal gré à des personnages de série, mais pas de sitcom. Triste constat.

 

Et cette lycéenne dont vous étiez amoureux et qui a mis, trois ans durant, vos nerfs à vif ? N’étiez-vous pas censé l’embrasser fougueusement ce premier après-midi que vous avez passés ensemble ? N’étiez-vous pas supposé la prendre par la taille au moment où elle vous quittait pour rentrer chez elle ? Ne deviez-vous pas lui passer un coup de fil  et tout lui dire alors que vous vous mordiez les doigts, la tête enfouie sous votre oreiller, en écoutant Durch Den Monsun de Tokyo Hotel ? Pourtant, vous êtes devenu son meilleur ami, soit, à ses yeux, un prête dans son confessionnal, et vous avez souffert ses confessions intimes, jalousé ses compagnons patentés, redouté vos moments de complicité en tête à tête, en subissant d’avance la culpabilité, déjà hanté par cette  question : « POURQUOI JE L’AI PAS PÉCHO ? ». Enfin, ayant lâché votre pénis pour mieux prendre votre courage à deux mains, vous lui avez tout avoué, à trois heures du matin, par sms. Quelques milliards de battements de cœur plus tard et après vous être rendu compte que vous aviez fait une faute, elle vous a répondu qu’elle ne voudrait « pour rien au monde gâcher votre amitié » et ne rien changer, continuer comme avant. Et, accroché à cette relation comme un paresseux à sa branche, vous avez misérablement accepté. Puis un beau jour, après avoir pataugé quelques années encore dans les mêmes supplices, vous l’avez pécho cette salope. Voilà, c’est ça, la vie : pas une succession palpitante de changements brutaux, mais une flottée insidieuse d’évènements banals.

 

 

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Fuck yeah ! 

 

Alors comment expliquer la belle vie que mènent Ted, Lily, Marshall, Robin et Barney, nos cinq New-yorkais de How I Met Your Mother ? Comment regarder leur sitcom sans comparer leur quotidien avec le notre, routine désespérante d’ennui ? Simplement en gardant à l’esprit que, comme Seinfeld, Friends ou The Big Bang Theory, tout cela n’est pas vrai, que HIMYM est une sitcom comme les autres, avec les mêmes codes, les mêmes intrigues et les mêmes dadas que ses sœurs. Bien entendu, elle se démarque par son contexte, le récit, seule véritable différence qui en fait une série innovante et relativement intéressante, si Ross et Rachel, ces grands-parents un peu chiants qui ont déjà tout vécu, le veulent bien. HIMYM, c’est l’idée intronisée que, dans la sitcom, tout n’est que récit, que tout n’est que mensonge ; et cette idée, comme elle est traitée dans ce cas, nous permet de garder nos distances par rapport au genre même ; et cette idée, rendue omniprésente dès la première phrase de Ted, rendue inévitable au fil des épisodes, essentielle par nature, HIMYM nous la hurle haut et fort, la tourne dans tous les sens jusqu’à qu’elle ne puisse plus rien nous offrir, joue avec tous les codes possibles et imaginables de la sitcom : elle rend plausible en pratique la sitcom en disséquant la théorie aussi sûrement qu’elle finira, en bout de course, par l’épuiser.

 

Si vous avez, comme moi, glorieusement passé (ou misérablement raté) votre bac en en 2009, vous avez sans doute fait semblant de lire l’Odyssée d’Homère. Aussi, vous devez vous souvenir qu’Ulysse, chialant derrière son voile rose fushia, raconte la plus grande et la plus intéressante partie de son voyage aux Phéaciens : Troie qui se marave la tronche, la visite de courtoisie chez les Kikones, le gros délire avec les Lotophages, l’epic fail de Polyphème, Poséidon qui pète les plombs… et tant d’autres péripéties sur lesquelles j’ai fait l’impasse, faute de quoi que ce soit à en foutre. Pris par son passionnant récit, on en oublie que peut-être, depuis le début, Ulysse fait rien qu’à raconter des bobards. Et quand bien même réussit-on à garder cette éventualité à l’esprit, toutes ces aventures sont si savamment agencées dans la forme qu’on les admet dans le fond, tout comme les Phéaciens, en manque d’extraordinaire, d’incroyable, de distraction. Heureuses victimes du mythomane génial, artisan minutieux, escroc consciencieux, on omet volontairement la bancalité de ce beau mensonge, bien fait, de cette attrayante tromperie qu’il rend plausible, cohérente, vraisemblable, d’abord par sa construction, puis par sa propre éloquence. C’est un second Homère qui nous fait oublier nos peines, notre souffrance, et nous met en joie, à la manière de… wait for it… papa Ted. 

 

 

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      Ulysse

 

Crédules Phéaciens que nous sommes, auditoire absorbé, nous croyons dur comme fer aux chroniques du vieux Ted, ne perdons pas une goutte de ses extraordinaires aventures, buvons ses paroles, peu nous importent leur réalisme ou leur cohérence, sommes prêts à avaler n’importe quel mensonge, pour peu qu’il soit ragoûtant car nous avons tant besoin de ses jolies histoires. Et nous en avalons ! HIMYM n’est que menterie, comme ses ancêtres : à la différence qu’elle, elle l’est franchement, complètement décomplexée. Elle n’essaie même pas de s’en cacher, de peur qu’on y décèle quelques fils blancs, mais en joue tout en s’en jouant.

 

Dans Last Cigarette Ever, onzième épisode de la cinquième saison, la série qui, dans la fleur de l’âge, jouit effrontément de son succès populaire, nous révèle que les cinq amis ont très longtemps été fumeurs ; pire encore, qui l’étaient encore pendant les histoires que raconte Ted et qui le seraient restés encore longtemps après, au moins jusqu’à ce que naissent les enfants. Ted n’aurait pas pu, depuis tout ce temps, caser quelque part le tabagisme de sa bande ? Celle que l’on croyait pourtant connaître aussi bien, si ce n’est mieux que la nôtre ? En quatre saisons, à part quelques bouffées tirées par ci par là (pied de nez ridicule à l’hygiénisme excessif des Américains pour lesquels boire une bière avant ses vingt-et-un ans est la quintessence de l’encanaillement) jamais nous ne les voyons fumer à grandes taffes. Aucun cendrier, aucun paquet ou briquet qui traîne. Comment Ted, pourtant jusque là assez minutieux, a-t-il pu omettre un détail d’une telle importance ? Les mauvaises langues crieront à la facilité scénaristique. Ça arrive souvent dans les séries en manque d’inspiration : elles font un petit pas de bourré pour retrouver leur équilibre, baratinent gentiment le téléspectateur qui mange sa purée devant l’écran, gagnent un peu de temps avant de cliffhangerer et retombent sur leurs pattes avant la fin de saison. Certains, plus conciliants, laisseront passer cette pirouette inattendue pour une petite crise de débauche rigolote, possible grâce à la célébrité incontestable de la série, sans autre prétention que celle de nous en dire un peu plus sur les personnages. D’autres, en revanche, y trouveront l’intérêt véritable, l’intelligence intrinsèque de HIMYM, l’outil d’or : la mise en abyme.

 

 

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      Last Cigarette Ever

 

Carter Bays, le créateur de la série, raconte ce que raconte Ted, le personnage narrateur. C’est grâce à ce récit dans le récit que la série se permet ces nonchalances, qu’elle vous ment aussi insolemment puis qu’elle vous cloue le bec, en attendant que vous redemandiez. En fait, les scénaristes ont trouvé le moyen, non seulement d’excuser les facilités narratives ou les incohérences éventuelles de leur sitcom, mais aussi de puiser à fond dans les potentiels comique et narratif de cette mise en abyme. Et si cette dernière faisait profil bas dans la première saison, qu’elle n’était qu’un point de vue relativement original pour servir le scénario, elle prend une place de plus en plus importante par la suite, jusqu’à devenir absolument essentielle. C’est Ted, le conteur, qui prend toute responsabilité en cas d’erreur, de radotage ou de mensonge. Il raconte à ses enfants le monde dans lequel il aurait aimé vivre, un monde sans fumée, sans drogues, sans soirées barbantes. Et comme on le comprend ! Nous aussi, nous aimerions vivre HIMYM, Friends ou avoir vécu That 70’s Show ! Ted raconte comme il veut son passé, sa sitcom à lui, et si certaines parties sont probablement véridiques, d’autres sont au moins augmentées quand elles ne sont pas entièrement inventées. HIMYM finit même par pousser le bouchon au point de d’incorporer Barney dans le tableau : et là, c’est le grand nawak en abyme. Toujours dans le récit de Ted, il raconte ses aventures acadabramtesques à lui, ses histoires à dormir debout. Ses récits sont des récits dans le récit… dans le récit. C’est à grands coups de mises en abymes que l’on vous tourne en bourrique.

 

Quelle autre sitcom a déjà osé comme ça nous cacher ses personnages pendant qu’ils s’adonnaient à leur vice préféré, quelle autre sitcom s’est déjà moqué ainsi de nous ? Aucune. Ou peut-être toutes ! Peut-être que Ross et Rachel de Friends étaient héroïnomanes ! Peut-être que Sheldon de The Big Bang Theory, quand il n’est pas chez lui, est enfermé dans un asyle psychiatrique ! Peut-être que Marshall et Lily, dès que vous avez le dos tourné, se trainent dans la boue avant de participer à des soirées échangistes ! Vous ne saurez jamais et c’est tant mieux : on ne raconte que ce que l’on veut bien raconter. Combien de fois Ted a-t-il relaté ce qu’il l’arrangeait ? Lily et Marshall sautent de la fenêtre de leur appartement et atterrissent sans encombre ? D’accord. Tout ce temps au bar et pas une crise de foie ? Pourquoi pas. Barney court le marathon de N.Y. et le termine, sans s’être entrainé ? Allons bon. Et si Ted n’était qu’un mythomane à l’imagination fulgurante ? Et si aucune de ces aventures n’étaient jamais vraiment arrivée ? Aussi envisageable que la possibilité qu’Ulysse ait inventé toute son Odyssée. Pour la première fois dans l’histoire de la sitcom, on laisse deviner l’envers du décor en insérant des anomalies. On devine, comme jamais dans aucune autre série, ce qui se passe derrière la caméra simplement… en changeant de point de vue.

 

L’ironie et la nonchalance avec lesquelles sont (mal)traitées les intrigues mettent en perspective toute la problématique des sitcoms, et soulève la question tabou : est-ce possible ? Est-ce concevable de garder quatre ou cinq amis pour la vie ? Est-ce imaginable de sautiller d’amourette en amourette, à la recherche du grand Amour ? Est-ce envisageable de passer tout son temps dans un salon/café/pub si bien éclairé ? Non, mes très chers amis, c’est peu probable : la sitcom est improbable. En cela, HIMYM est la plus sitcomesque des sitcoms : on nous y conte de l’improbable, de l’invraisemblable, de l’irréalisme. On nous y trompe, par bonheur, car le vrai est rarement heureux, contrairement au faux. Nous voulons la paix et la joie, ne serait-ce que vingt minutes, et Ted nous les donne. Ted nous ment, nous raconte des histoires, et nous écoutons, chaque semaine, kids émerveillés, Phéaciens transis, conquis depuis la nuit des temps. À la fin, on en oublierait presque que ce n’est pas à nous, que le père Ted raconte comment il a rencontré sa femme, mais à ses enfants qui sont (et c’est plutôt ironique) les seuls qu’ennuient les digressions sans fins de leur père, les seuls qui ne sont pas dupes, qui se demandent si c’est bien réaliste, tout ça, qui sont les seuls insensibles à l’art du mensonge, les seuls désillusionnés, les seuls qui n’espèrent pas naïvement que ça leur arrive un jour, ados de 2030 qui ne font pas tellement confiance ni à leur père, ni à la sitcom, ni à la vie.

 

À propos, sans rire, tout le monde sait que Barney va épouser Robin.

Par La mauvaise herbe - Publié dans : J'ai une question...
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 23:42

C’est le tsar Pierre 1er qui, dans une optique de diffusion de ses succès militaires et de ses réformes de politique intérieure, s’intéresse d’abord aux médias et à leur influence. En publiant ainsi ces communiqués, il affirme son autorité dans le monde russe en tant que souverain, en tant qu’unique instance de décision. Il fait publier, à partir de 1621, Kuranty, le premier journal russe. Tiré à très peu d’exemplaires, il est destiné aux classes sociales supérieures, au Tsar et à son entourage. Si les tribunes médiatiques et littéraires sont idéalement censées donner la parole au peuple, le Tsar, mandaté par Dieu lui-même, remplit une mission civilisatrice et considère par conséquent comme normal de contrôler informations et débats. La censure prend donc le pas sur la liberté d’expression et d’opinion en sa qualité de prérogative naturelle du pouvoir autocratique. Voyant leurs pairs contraints à la censure, les auteurs, qu’ils appartiennent au milieu journalistique comme au milieu littéraire, commencent à user de la « langue d’Ésope », d’un langage assez imagé, assez érudit et, par conséquent, nébuleux pour passer inaperçus des censeurs sans pour autant sacrifier toute critique du gouvernement ou de la société russe. Mais cet exercice de style reste périlleux : nombreux sont les auteurs russes qui, après avoir, par exemple, souligné l’état d’arriération de leur pays, comme Tchaadaïev, furent interdits de publication, exilés voire emprisonnés. La Russie est donc profondément marquée par la censure jusque dans sa littérature et ses arts.


 

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Pierre Ier 


 C’est sous Nicolas II que la relation entre le pouvoir et les médias subit une mutation majeure. Le peuple s’accordant de plus en plus avec les ambitions revendicatrices et constitutionnelles des élites intellectuelles russes, le tsar se voit implicitement contraint de reconnaître les libertés de presse, d’opinion et d’expression. Mais lorsque Lénine renverse le pouvoir en place et déclare la Russie intégralement socialiste en novembre 1917, il interdit de publication, appliquant l’idéologie bolchévique, la presse dite « bourgeoise », c’est-à-dire la presse libérale, empêchant plus largement aux libéraux de s’exprimer. Ainsi, à partir de 1918, le parti socialiste proclame son monopole sur les écrits dans le monde russe et l'administre peu à peu en plusieurs étapes : d’abord en organisant des bureaux de censure qui interdisent tout ouvrage « suspect » ou potentiellement menaçant pour les bolchéviks ; ensuite, en contrôlant les corporations liées à l’édition : la création de syndicats permettant au parti socialiste de surveiller les publications des différents milieux littéraires – bien entendu, sans faire partie d’une de ces unions, il devient quasiment impossible de publier quoi que ce soit en URSS ; enfin, en recherchant les manuscrits illégaux, auto publiés ou non publiés. Cette censure abusive attise, dans la moitié des années 80, l'audace de la Pérestroïka qui engage le peuple à s’exprimer plus librement et, de cette façon, à lutter contre les défauts de la vie soviétique.

 

 

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 L’effondrement de l’URSS, en 1991, accompagne un détonant redressement éditorial en Russie. En 1995, l’État arrête de financer les médias, ce qui a l’effet d’une thérapie de choc dans le monde littéraire russe. L’édition se voit forcée à un état de survie peu propice au foisonnement et à la qualité journalistique qu’on lui connaissait autrefois. La plupart des grands journaux russes, des grandes revues disparaissent, victime de cette subite paupérisation du monde littéraire russe.

 Pour le peuple, las des abus de Eltsine pendant les années 90, l’arrivée de Poutine, qui a su faire les bonnes promesses, est un moyen de rompre avec un passé trop encombrant. Ce dernier instaure une démocratie dite « contrôlée » et, dans le même temps, plusieurs principes fédérateurs comme la dictature de la loi et la « verticale du pouvoir ». De cette façon, et en luttant contre la régionalisation de son pays, Poutine prône une plus grande unité, un pouvoir davantage concentré sur Moscou, à laquelle il veut rendre son rayonnement de puissance étatique, et met un point d’honneur à restaurer l’image de la Russie au plan international. Cette volonté de contrôle accompagne un discours sécuritaire la montée du terrorisme en Russie vient renforcer, en plus de la deuxième guerre de Tchétchénie et des attentats du 11 septembre aux États-Unis. Ainsi, afin d’insister sur ces séries d’évènements malheureux et sur la nécessité d’accroitre la sécurité en Russie, le contrôle des médias par le Kremlin devient de plus en plus accablant, ainsi que le terme de « démocratie contrôlée ». La censure s’applique directement et indirectement sur les informations délivrées par les journaux et les chaines de télévision.

 

 

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Wink, wink ! 

 

Par La mauvaise herbe - Publié dans : Ben voilà! ça, c'est un bon socialiste libertaire!
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Jeudi 26 mai 2011 4 26 /05 /Mai /2011 23:34

 

      

George Andrew Romero

 

Durant la dernière décennie, le mort-vivant, plutôt mort-mort dans les années 90, est revenu à la mode. Comment expliquer l’engouement croissant de la population pour ces mongoliens tonitruants, aussi blêmes, agressifs et nauséabonds que des fans d’Indochine en pleine tournée ? Je ne sais. Moi-même, j’ai succombé à leur charme indéniable il y a quelques années : un peu pour contrecarrer l’invasion soudaine de vampires effarouchés et aussi un peu par snobisme, je dois l’avouer. Oui, je fais partie de ces gens qui, pour se dédouaner d’aimer la culture du petit peuple, intellectualisent à donf. Prenez les séries américaines, par exemple ! Je vous défie d’en trouver une qui n’a pas été disséquée par un pseudo-essayiste-branloïdo-philosophe comme moi. Combien avons-nous été à disserter sur Jack et Locke dans Lost, sur la vie et la mort dans Six Feet Under ou le whatyouwant et le whatyouneed dans Dr House ? Comme si on travaillait tous au Télérama, on tente sans cesse d’expier nos péchés culturels en rappelant qu’entre deux cadavres exquis, on écoutait les cours de philo.

 

Mais revenons à nos zombies mignons ; ils nous poussent à faire de drôles de choses : envoyer paître le bon sens et faire copain-copain avec tout ce qui nous tombe sous la main (des coiffeuses, des experts-comptables ou même des lecteurs de Duras), faire fi des bonnes manières et s’hara-kiriser sur un sublime pardessus Ralph Lauren devant un parterre de morts-vivants, perdre complètement le sens de la réalité et ne PAS se servir en iPods dans l’Apple Store du coin. Le racisme social ou la consommation à outrance : les obsessions du George crèvent l’écran à chaque coup de fusil à pompe, dégoulinent des moignons et suintent sur nos visages terrorisés. Mais sur ces dadas-là, qu’on a trop fatigués, je ne disserterai pas ! J’en ai choisi un moins musclé et moins rapide que les autres, mais un présent à toutes les courses : le suicide.

 

Le suicide, ou plutôt la question du suicide, on le retrouve aussi bien dans les premiers films de Romero, comme Night of the Living Dead (1968), que dans ses derniers, comme Diary of the Dead (2008). C’est un choix que doivent faire tous les survivants infectés (entendre futurs morts-vivants) à un moment ou à un autre : soit plonger le canon d’un .45 au fond de sa gorge et mourir homme, soit s’abandonner à une zombification et vivre mort-vivant ; souffrir jusqu’au bout la misère pascalienne, l‘angoisse et la pensée qui font la grandeur et la noblesse de l’homme*, ou faire ses adieux en attendant l’imminente mutation anesthésiante et le coup de fusil à pompe qui viendra vous arrêter dans vos folies meurtrières ; préférer ou non savoir qu’on meure. Ce choix, absolument essentiel dans l’œuvre de George Andrew Romero, détermine la relation des personnages à leur humanité. Certes dilué dans des intrigues captivantes puis étouffé par les thèmes de société, c’est pourtant LE motif latent et fondamental de chaque film, et de l’archétype du mort-vivant en général : notre rapport à la mort et (wait for it…) à la vie.

 

D’ailleurs, comme si Roro n’avait pas déjà apporté assez d’eau à mon moulin, le canevas des scénarios et le choix des lieux reposent, eux aussi, beaucoup sur cette question du « mourir vivant maintenant ou mourir mort-vivant plus tard ? »** : dans chaque film, elle crescendote sans trop avoir l’air d’y toucher, devient de plus en plus impérieuse avant de battre son plein avec l’action et d'exploser en morceaux de bravoure ou de lâcheté. Ces scènes cruciales, aussi poignantes que troublantes, prennent lieu dans des endroits symboliques à souhait. Exemplons : dans Zombie (1978), certainement le film le plus notoire de Romero, les survivants se retrouvent dans un centre commercial. Jubilatoire et brillant, cette préférence pour LE lieu moderne par excellence, emblème du siècle, questionne. « Y sommes-nous toujours bien humains ? ». En y déambulant, avides de biens, sans vraiment se voir, sans vraiment y penser, guidés par nos instincts, on finit par se demander la même chose. Chez Romero, c’est l’ultime choix de se tuer ou non, de préférer l’humanité à la vie, d’avoir le courage d’appuyer soi-même sur la détente plutôt que de céder à la facilité de se laisser dévorer, qui détermine si les personnages sont encore bien des êtres humains. Se suicider, c’est estimer la conscience comme plus cher que la vie elle-même.


 

 

Enfin (enfin !), cette relation à la conscience est aussi incarnée, me semble-t-il, par d’autres choix que celui du suicide : par exemple celui de persévérer dans une attitude a priori inadéquate à la survie. Dans Diary of the Dead (2008), un groupe d’étudiants en cinéma est surpris par une invasion mort-vivante. L’un d’entre eux, Jason, refusera obstinément d’abandonner sa caméra et ira jusqu’à filmer sa propre mort. Cette caméra peut être, comme le propose l’héroïne du film, Debra, le filtre qui protège son propriétaire de la réalité, comme ce peut être le besoin compulsif de laisser des traces, une obsession youtubesque, la hantise de l’oubli. Ce peut être aussi la matérialisation d’une conscience et du refus d’être relégué à un statut de bête survivant(e) en s’accrochant à cet œil mécanique qui voit encore le monde, qui rend compte et qui sait. Jason aura gardé l’œil ouvert et conservé son humanité dans un geste final qui pour être destructeur n’en est pas moins conscientÀ travers tous ces choix, à chaque minutes de ses œuvres, Romero, en plus d’être fébrilement critique, filme l’humanité et son trésor : la conscience.

 

* cf Pascal, bac 2009/10

** nooon, si, si : ça a du sens… siii… non ?

Par La mauvaise herbe - Publié dans : J'ai une question...
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Vendredi 6 mai 2011 5 06 /05 /Mai /2011 00:15

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« C’est dingue », me dit Catherine B, réalisatrice, avec laquelle je bois un verre au café La Bulle. « Chaque fois que je finis un film, je pense que ça y est, c’est bon, que j’ai prouvé ce que j’avais à prouver et que désormais, tout sera plus facile. Les contrats vont s’enchainer, mes films se feront plus facilement… Et pas du tout. C’est toujours pareil : la croix et la bannière pour décrocher le moindre truc.»

Assise devant ma tasse de thé, je hoche la tête en silence. Je vois très bien ce qu’elle veut dire, je vis exactement la même chose. Mais je le vis avec moins d’amertume que par le passé.

Autrefois, quand mes textes étaient refusés par des revues, quand mes manuscrits étaient refusés par les éditeurs, je voyais là la douloureuse confirmation de ce que je ressentais par ailleurs : ma nullité en tant qu’auteur. Si j’avais été un écrivain, pensais-je avec tristesse, les autres s’en seraient rendu compte, ils se seraient rués sur mes nouvelles, auraient publié mes romans avec empressement. Dans la vision que j’avais alors du monde, les écrivains, les vrais, étaient nécessairement choyés et reconnus tandis que les faux, dont je faisais partie à mon corps défendant, les wannabe, ceux qui rêvaient en vain de le devenir se voyaient impitoyablement rejetés en marge par l’œil exercé, le jugement infaillible des lecteurs des maisons d’édition et passaient leur temps à se débattre avec des problèmes minables issus du quotidien.

Ensuite, j’ai lu le Journal confisqué, de Mikhail Boulgakov, sur lequel je suis tombée un jour par hasard à la bibliothèque. Boulgakov est l’immense auteur de deux textes inoubliables : le Maître et Marguerite et les Mémoires d’un jeune médecin. Et qu’écrit-il dans son Journal ? De mois en mois, il déplore le fait que ses nouvelles sont refusées, que ses lettres aux éditeurs demeurent sans réponse, que ses romans restent inédits. Il passe son temps à combattre des difficultés épouvantablement concrètes : la façon dont il va payer son loyer et s’acheter de nouvelles chaussures*.

Cette lecture a été pour moi profondément éclairante, à défaut d’être consolatrice. J’y ai lu que, contrairement à ce que j’avais cru jusque là, les échecs, les refus, le parcours aride de celui qui se confronte à l’indifférence du monde ne sont pas en contradiction avec le fait d’être écrivain. Bien au contraire, ces épreuves constituent peut-être l’essence même du parcours d’un créateur. Il y a des exceptions, certes, des auteurs qui connaissent rapidement le succès et la reconnaissance. Mais pour la majorité des auteurs, quel que soit leur talent, le parcours est semé d’embûches, de raisons de se décourager. L’accepter pour aller de l’avant.

Ecrire : affronter les rebuffades et persister tout de même. Se confronter à l’indifférence annihilante des lecteurs, des éditeurs et des attachées de presse. Continuer, encore et toujours, faire entendre sa voix, malgré la surdité du monde.

*Boulgakov vit dans une société communiste, ce qui est une circonstance aggravante, mais ne change pas fondamentalement la donne.

Le blog de Marianne Jaegle.

 

Liste des Vases Communicants de mai :

G@rp http://lasuitesouspeu.net/ et Franck Thomas http://www.frth.fr/ 
Kouki Rossihttp://koukistories.blogspot.com/ et Christophe Sanchez http://www.fut-il.net/
Isabelle Butterlin http://yzabel2046.blogspot.com/ et conte de Suzanne http://valetudinaire.net/ 
Piero Cohen-Hadriahttp://www.pendantleweekend.net/ et Dominique Hasselmannhttp://dh68.wordpress.com/ 
Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/ et Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/ 
François Bonhttp://www.tierslivre.net/ et Urbain trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/ 
Michèle Dujardin http://abadon.fr/ et Jacues Bonhttp://cafcom.free.fr/ 
Murièle Modély http://l-oeil-bande.blogspot.com/ et Vincent Motard-Avargues http://jedelego.free.fr/plus.html 

 

Par La mauvaise herbe
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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 20:24

Les enfants, c’est officiel : Sainte Rita en a assez ! Les cas désespérés, elle n’en veut plus ! Finis, les randonneurs égarés ! Terminés, les fugueurs philosophes ! Au Diable, les ascensionnistes narcissiques ! Elle abandonne, elle baisse les bras, elle arrête tout ! Ils n’auront plus qu’à regarder Seul face à la nature, comme tout le monde.


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127 heures, nouveau-né du réalisateur Danny Boyle et de la famille « c’est toto qui a pas de chance », est la preuve irréfutable que les cas désespérés ne sont désormais plus que désespérants. Le film, tiré d’une histoire vraie, raconte la mésaventure de l’alpiniste Aron Ralston qui, resté coincé pendant six jours dans une faille du Blue John Canyon, s’est finalement amputé le bras droit, tout seul comme un grand. Attention ! Je vous entends déjà crier à la mauvaiserie : je n’ai rien contre le malheureux protagoniste – qui, par ailleurs, a bien du mérite. Non, c’est à Danny Boyle que j’en veux. Trainspotting… passe encore, ce n’est jamais qu’une autre vaine putasserie sur les méfaits de la drogue ; et il en faut : sinon quel poster y aurait-il entre ceux de Kurt Cobain et d’Edward aux mains d’argent, chez les rebelles twilightesques ? Quant à Slumdog Millionnaire, ce n’est jamais qu’une autre vaine putasserie sur la mondialisation ; et il en faut : sinon de quoi parlerait-on dans les diners mondains, chez les néocolonisateurs culturels ? Non, 127 heures, c’est autre chose. Ce n’est certainement pas Gerry, magique, aussi éblouissant de splendeur que d’épouvante, où Gus Van Sant meuble le silence avec du silence et remplit le vide avec du vide. C’est pourtant aussi une histoire vraie, celle de deux mecs perdus dans le désert qui finissent déshydratés en plein cagnard. Le film de Danny Boyle s’apparente peut-être davantage à Into The Wild de Sean Penn, apologue ultra démago projeté au moins une fois dans toutes les classes de France, en bon film à thèse qui ratisse large, ou l’histoire d’un joli garçon, bon sous tous rapports, qui vient de terminer de brillantes études et décide de dire « flute » à cette maudite société moderne. Du coup, ni vu, ni connu, j’t’embrouille : il fugue en Alaska où il finit par s’empoisonner. 127 heures, dernier des derniers chez les déshydratés, c’est, si j’ose, et j’ose, la goutte d’eau qui fait déborder la gourde. Tous les thèmes éculés s’y retrouvent, comme de petits trop vieux au PMU du coin, pour tenter de parler de tout et finalement ne parler de rien - mais en pétant plus haut que leur anus artificiel. Dans le malheur de cet excursionniste assoiffé et affamé, on trouve à boire et à manger : Biba, entre deux conseils pour atteindre l’orgasme, nous affirme qu’il s’agit d’un film sur le « dépassement de soi », Télé 7 jour y voit une « magnifique leçon de courage et d’espoir » et excessif.com une « vraie réflexion sur l'homme perdu dans une nature indomptable ». Quel programme prometteur ! On avait plus lu de telles critiques depuis Pokémon 2 : le pouvoir est en toi – à la différence que ce dernier était à la hauteur de ses prétentions. 127 heures, lui, ne laisse que l'âcre sentiment d’avoir été pris au piège pendant une heure et demie par un pervers sadique, d’avoir été le témoin d’un spectacle obscène où s’entrechoquent, dans un montage hystérique, les faux espoirs, les images insoutenables et les scènes aussi crues qu’inutiles. Pour citer Jerry Seinfeld, « si je veux une histoire sans intérêt, longue et ennuyeuse, j’ai ma vie ». Le film tente de se dédouaner de sa creuse sauvagerie par des flash-backs kleenex, poussifs et mielleux, des souvenirs kodak, mièvres et lassants ; en vain, évidemment. Ces séquences gauches ne font que tourner le canif dans la plaie et mettre au jour le but premier et unique du film : faire du mal. En somme, il ne reste que James Franco, aussi doué que poseur, qui, malgré ses efforts, ne réussit pas à sauver l’honneur. Un bon acteur dans un mauvais film, c’est comme du chocolat dans une andouillette : ça a toujours, comme le dit si bien Sophie Davant, « un goût de caca ». Il me semble que tout est dit, en fait, et j’aurais pu m’en tenir à ça : 127 heures a un goût de caca.

 

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À la votre,

La mauvaise herbe.

 

Par La mauvaise herbe - Publié dans : Hommages
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